Entretien avec Vanina PAOLETTI, grand espoir du kayak français


«Bonjour Vanina, peux-tu te présenter pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas?

« Bonjour, je m’appelle Vanina Paoletti, j’ai 23 ans, je suis Francilienne. Je pratique le kayak à un niveau international depuis 2014 et je figure sur la liste ministérielle depuis 2012. J’ai commencé la course en ligne lors de mon arrivée au pôle espoir de Caen.

Auparavant, je pratiquais le kayak en descente de rivière, une discipline moins connue et non olympique. Après l’obtention de mon baccalauréat scientifique et deux années en équipe de France junior de descente et de course en ligne, j’ai intégré le Pôle France de Cesson-Sévigné (35) ainsi qu’une première année de STAPS afin de préparer mon entrée en école de Podologie. J’ai donc passé 5 années à m’entrainer en terre Bretonne et j'ai obtenu mon diplôme en juillet 2020.

Initialement formée au club de Joinville (94), j’ai passé trois belles années au sein du CKCIR (35) et je suis maintenant licenciée à l’Entente Sportive Anjou Canoë-Kayak. Le club d’Angers m’a proposé un accompagnement humain et financier qui me permet d’aborder ma carrière sportive de manière plus sereine.



Comment est née cette passion pour le kayak ?


Le canoë-kayak chez les Paoletti, c’est une affaire de famille ! Mes parents se sont rencontrés sur l’eau et mes sœurs, Camille et Julie, ont également été en équipe de France de descente de rivière. Mes premiers souvenirs sont au bord de l’eau. J’ai pratiqué d’autres sports comme l’escalade, l’équitation ou le vélo mais la pratique du kayak a toujours été une évidence. J’adore être sur l’eau, en communion avec la nature, me dépasser et la compétition m’anime profondément. Même à 23 ans, mes parents sont toujours très investis dans mon projet sportif et mes sœurs me sont d’un grand soutien au quotidien.


Peux-tu nous expliquer les grandes lignes de la pratique du kayak?


La fédération française de canoë-kayak comporte 12 disciplines différentes dont 2 olympiques : le slalom et la course en ligne. Je pratique la course en ligne, c’est comme de l’athlétisme mais en kayak. Nous sommes 9 en confrontation directe avec des systèmes de qualification en série, demi-finale et finale. C’est une discipline très dure physiquement mais aussi techniquement. Nous pratiquons en monoplace, biplace (K2) et quatre place (K4). Le programme aux JO évolue tous les 4 ans, mais à Tokyo les filles concourront en monoplace 200m et 500m, K2 500m et K4 500m. Les temps d’efforts sont donc très variables, entre 40 secondes et 1 minute 55.

Vanina PAOLLETTI en course monoplace


Vanina PAOLLETTI en course K4


De par tes performances, tu as pu intégrer le Pôle France Vaires-Sur-Marne. Peux-tu nous parler de la vie dans un pôle kayak?


Tout d'abord, pour être admis dans les pôles, nous devons remplir des vœux courant avril puis une commission composée de membres du staff de la fédération française a lieu et valide ou non, en fonction du projet de l’athlète et de ses performances. J’ai donc eu l’opportunité d’intégrer le Pôle France Olympique et Paralympique de Vaires à la fin de mes études de podologie, en août 2020. Pour moi, le fonctionnement est assez différent de celui de Cesson pour plusieurs raisons. À Cesson, la priorité était mise sur les garçons et le groupe était composé exclusivement d’athlètes étudiants. A Vaires, mon entrainement a vraiment pris une autre dimension. Je suis focus à 100% sur le haut niveau, comme la grande majorité des athlètes. J’ai aussi pris conscience de l’implication et de la rigueur des « grands » qui sont ultras performants. J’ai la chance de m’entrainer au quotidien aux côtés de Sarah Guyot, une des meilleures kayakistes mondiales et je suis fréquemment en stage avec le collectif kayak dame. Les programmations sont communes avec le collectif et ajustées avec mon coach, Guillaume Berge.


Mes journées au pôle quant à elles commencent toujours de la même manière ; je me lève, je me pèse et fais 20 minutes du yoga. Après ça, la journée peut commencer ! On s’entraine environ 20h par semaine en kayak mais aussi en musculation, course à pied, ski de fond, vélo (...), à cela s’ajoutent des étirements quotidiens, des temps de récupération, de soins de kinésithérapie et d’ostéopathie, la préparation mentale et des moments d’échanges avec les coachs. Mes semaines de développement sont biens remplies et assez monacales mais je vis ma vie de rêve !



Meilleure kayakiste sur 200m lors de l’Open de France en juillet 2020 ou encore meilleure tricolore lors de l’étape de Coupe du monde à Szeged (Hongrie) en septembre 2020, comment te sens-tu juste après de telles performances de haut niveau?


Je suis heureuse que le travail de ces dernières années paye. Il y a eu une véritable évolution des mes performances et de mon état d'esprit depuis de la finale des Opens de France 2020 . Cependant je reste pragmatique, il faudra aller bien plus vite à l’avenir pour tendre à la haute performance, notamment pour accéder aux JO de Tokyo et y performer ! A l'issue de la Coupe du Monde de Szeged en 2020, j’ai fait une petite pause et je suis repartie à l’entrainement, plus motivée que jamais, en mettant bien au centre de mon projet la notion de plaisir.



Et ton état d’esprit 10mn avant ton départ ? Sur quoi te concentres-tu durant la course ?


J’adore la compétition mais souvent 10 minutes avant je suis très stressée, j’en ai besoin, ça me met en condition. J’ai appris à travers la préparation mentale à mettre à profit ce stress. Je visualise mes points de vigilance sur la course avant de rentrer dans la boite de départ et après, je débranche le cerveau ! Comme dirait mon papa, « un objectif de réalisation et non de © Julien Delaporte performance », c’est devenu mon mantra.



Ton année type, elle ressemble à quoi?


Nous fonctionnons avec 2 ou 3 semaines de développement pour une semaine de récupération, généralement de fin septembre à fin août. Je passe mes semaines de récupération à Angers où je retrouve mon copain et mes coéquipiers de club. Ce sont des semaines plus légères, je m’entraine alors une dizaine d’heures, une véritable soupape de décompression ! Nous avons également pas mal de stages, notamment pour fuir les températures négatives et pour faire de l’équipage !

Cette année, j’ai intégré le collectif senior, je n’ai donc pas vu la différence pré et post covid-19 mais les stages ont été réalisés en France ou en Espagne et non en Australie ou en Floride comme les années précédentes. Les sélections nationales sont échelonnées entre mars et mai et les compétitions internationales se déroulent entre mai et août, toute la préparation en découle.



Les bras sont énormément sollicités pour le kayak, avec l’utilisation des pagaies. Comment travailles-tu cette partie du corps? En règle générale, quelles méthodes utilises-tu pour un renforcement général du corps?


C’est un des grands enjeux de notre sport ! Nous faisons énormément de musculation et de renforcement musculaire tout au long de l’année pour gagner en force, en endurance, en explosivité mais aussi protéger nos petites épaules. Notre mouvement de pagayage n’est pas physiologique, il y a beaucoup de contraintes musculaires et tendineuses. Cette année, nous avons fait un cycle de travail isocinétique à l’INSEP qui m’a vraiment aidé. Sinon, nous faisons aussi de la natation, du ski de fond ou de l’escalade pour varier les plaisirs.



Tu es annoncée comme une prétendante pour porter les couleurs de la France lors des Jeux Olympiques 2024 à Paris, que te manque-t-il aujourd’hui pour décrocher ces tickets?

Je pense que je dois augmenter mon niveau de performance et d’investissement lors de chacune de mes séances que ce soit en kayak mais aussi sur toute la préparation physique générale, spécifiquement en musculation. J’ai encore énormément de travail et c’est exactement cela qui m’anime. Je sais que j’ai une marge de progression dans beaucoup de domaines et j’ai hâte de m’y atteler.



Ta discipline s’exerçant en extérieur, elle est forcément étroitement liée au climat? Y- a-t-il des contraintes météorologiques sous lesquelles il n’est pas possible de pratiquer?




Oui, complètement ! L’idéal pour nous, c’est l’été mais nous sommes sur l’eau tout au long de l’année. Je dirais que le vent est notre pire ennemi. Nous sommes sur des bateaux très étroits et donc instables. Les intempéries peuvent rendre la pratique rapidement désagréable, voir impraticable. Les non pratiquants pensent souvent que c’est le froid qui est le plus dur à gérer mais comme nous pagayons, nous nous réchauffons assez rapidement. Depuis toute petite, on me répète « le froid n’est qu’une information » et ce n’est pas pour rien !




© Matthieu Tourault


Quels conseils donnerais-tu à une jeune fille ou à une femme qui souhaiterai s’initier au kayak?


Je leur dirai que le kayak, c’est une fabuleuse école de la vie. Ce n'est pas un sport comme les autres. On joue avec un élément, on évolue en rivière, en mer ou sur des lacs, en eau calme ou en eau vive, seul ou à plusieurs. C’est toute la magie de notre sport. Les pratiques sont tellement variées, qu’il en a pour tous les goûts ! De prime abord, je vous l’accorde, ce n’est pas un sport très féminin. Mais en 2021, on ne doit plus se restreindre à "genrer " les activités physiques et si vous en doutez, je vous invite à aller voir une interview de Nouria Newman, une kayakiste de l’extrême !



L’interview touche à sa fin ; as-tu un message à adresser aux personnes qui te suivent ? Un petit mot pour Dame de Sport? »


Merci à vous de faire la promotion du sport féminin, même si nous progressons en terme de visibilité, de reconnaissance et d’égalité dans le sport, le chemin est encore long et il passe notamment par des initiatives comme la votre ! Merci également pour cette interview, c’est toujours un plaisir de partager ma passion pour le sport et en particulier le kayak. J’ai la chance incroyable d’avoir une équipe, une famille et des supporters hors pair, alors merci à eux de me suivre dans mon projet sportif, j’espère de tout cœur les rendre fiers ces prochaines années. Advienne que pourra ! »

© La dalle Angevine



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