Entretien avec Marie CHAUCHÉ, une passionnée au cœur de la vague

Mis à jour : il y a 6 jours

Étudiante en deuxième année à Sciences Po Bordeaux, Marie Chauché est également une surfeuse hors-pair. Portrait de cette sportive double championne de France espoir.



«Bonjour Marie, peux-tu te présenter pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas?


Bonjour ! Je m’appelle Marie Chauché, j’ai 21 ans et je viens d’Anglet, une petite ville du Pays Basque. C’est là-bas que j’ai grandi, entre océan et montagne, surf et randonnées. A 15 ans, j’ai intégré la section sportive surf du lycée Malraux à Biarritz. A l'issue de mon bac S, j'ai rejoint Bordeaux pour me lancer dans Sciences Po. J'ai passé ma deuxième année d'études supérieurs à Tenerife (Espagne) dans le cadre d'un partenariat Erasmus. Cela a été l’occasion de surfer davantage, de découvrir des vagues différentes et de faire de nouvelles rencontres. Aujourd’hui, je réalise ma 3ème année majoritairement à distance, Covid oblige, mais j'en profite pour continuer de surfer !



D’où t'es venue cette envie de dompter les vagues?


J’ai toujours été sportive : course, rugby et sauvetage côtier… mais le surf a toujours eu une place privilégiée. J’ai baigné dans un univers de surfeurs, mon père étant photographe de surf et mon parrain ayant un surf camp au Maroc. J’ai grandi en regardant des vidéos de surf, des photos placardées aux murs, des magazines sur les étagères, et bercée par les récits de mon entourage. Je suis montée très jeune sur une planche, à trois ans, au Maroc, avec mon parrain. J’y allais chaque année, je surfais un petit peu aussi à la maison, entre Anglet et Biarritz mais ce n’est que vers mes 12-13 ans que j’ai eu le déclic. A partir de là, je m’y suis vraiment mise à fond et j'ai commencé mes premières compétitions à 15 ans en même temps que celles de sauvetage côtier, discipline que je découvrais tout juste.



A quoi ressemble une compétition de surf? Comment est-elle évaluée?


Une compétition de surf se déroule en plusieurs manches appelées « rounds », avec en général 4 surfeurs par round. Ils ont entre 20 et 30 minutes (selon les compétitions ou l’avancée de la compétition) pour prendre les meilleures vagues possibles. Celles-ci sont notées par un panel de juges, et leurs deux meilleures notes sont retenues pour le total final. Les deux surfeurs qui ont obtenu les meilleures scores (total de ces deux meilleures vagues) passent au round suivant et ainsi de suite.

Globalement, les compétitions consistent à enchainer des « manœuvres » (virages) sur une vague. Les critères de jugement s’appuient généralement sur la radicalité, l’engagement, la vitesse, le placement dans la section « critique » de la vague. Ceux-ci varient cependant selon les disciplines.


©Eric Chauché


Selon les disciplines? C'est à dire qu'il existe différents types de surf?


Oui exactement. Le surf compte un grand nombre de disciplines :


- Shortboard (planche courte, la plus popularisée),

- Longboard (planche longue),

- Bodyboard (petite planche sur lequel on évolue à plat ventre),

- Bodysurf (sans planche, uniquement avec des palmes),

- Dropknee (petite planche sur laquelle on évolue à genoux)

- …


Pour ma part, je participe aux compétitions de longboard. Les critères de jugement varient entre les partisans d’un surf old school, privilégiant le « style » et les « noses », (figure consistant à tenir en équilibre sur le devant de sa planche), et ceux en faveur d’un surf plus moderne (privilégiant davantage un surf plus radical, les virages…).



Ta discipline s’exerçant en extérieur, elle est forcément étroitement liée au climat? Y-a-il des contraintes météorologiques sous lesquelles il n’est pas possible de surfer?


Tout à fait.. Pour en revenir aux compétitions, elles ont la particularité d’inclure une part d’imprévisibilité. Elles sont dépendantes des conditions météorologiques, de la houle prévue, du vent mais également des marées. Ainsi, il est courant que la compétition soit interrompue en pleine journée pour une plage de 4h afin d'attendre que la marée descende et que les vagues fassent leur retour. Ainsi, d’un round à l’autre, les vagues peuvent énormément varier. Nous sommes donc en constante adaptation et il faut à chaque fois retrouver ses repères. Il y a une part de chance assez importante.


Concernant la pratique de tous les jours, il y a des conditions météorologiques plus favorables que d’autres, mais il existe toujours des endroits plus ou moins protégés ou au contraire, exposés au vent, à la houle. Certains lieux fonctionnent à marée haute, d’autres à marée basse, ou d’autres encore à mi- marée. Il est donc très important de savoir lire les prévisions pour pouvoir s’adapter et aller surfer au meilleur endroit possible.



Face à ce climat capricieux, comment t'équipes-tu?


En ce qui concerne le froid ou la pluie, on s’adapte. La pluie n’est pas vraiment gênante car nous sommes dans l’eau, donc nous sommes déjà mouillées. Le froid en revanche, peut être plus difficile à affronter, surtout tôt le matin, d’où l’importance de bien s’échauffer et d’être bien équipée : gants, cagoule, chaussons, combinaison épaisse. Ces couches de néoprène (matière constitutrice de la plupart de ces équipements) rendent les mouvements souvent plus difficiles et ne font qu’ajouter de la raideur à celle générer par le froid. Les sessions sont plus rudes et plus courtes l’hiver mais c’est aussi à cette période qu’arrivent les meilleurs « swell » (houle).



As-tu des spots préférés ?


Je n’ai pas forcément de spots préférés, je surfe entre le Pays Basque et les Landes la plupart du temps et j’aime varier en fonction des conditions, de l’évolution des bancs de sables… Ici, c’est vrai qu’on a de la chance d’avoir une grande variété de spots et de choix.


Le surf t'a t-il permis de beaucoup voyager? De partir à la recherche des meilleures vagues ?


Grâce à mon père, photographe de surf étant régulièrement amener à partir au bout du monde, j'ai pu voyager avec lui par le biais de ses récits. A titre personnel j'ai également pu à mon tour voyager en Méditerranée, parcourir une partie de la côte Atlantique espagnole, explorer l’Algarve (pointe sud-ouest du Portugal), les îles Canaries, le Maroc et le Panama.



Quel est ton plus beau souvenir ?

Il y en a tellement ! Je pense que mes plus beaux souvenirs sont les fois où je me suis vraiment dépassée, les fois où les vagues me semblaient incroyablement imposantes, où je ressentais la sensation de voir le mur se tendre face à moi. Ce sont des moments pleins d’adrénaline, où tu redoutes la chute, où la concentration et l'émerveillement sont à leur paroxysme.



Tu figures parmi les Ambassadeurs du Natural Surf Lodge et tu disposes également de contrats de sponsoring avec Federflex et Picture Organic Clothing ; qu’as-tu ressenti à l’annonce de ces sollicitations et que t'ont-elles apporté ?


Ces partenariats sont des accompagnements qui m’ont permis de progresser dans mon surf, mais également de vivre des superbes aventures humaines. Ce sont avant tout des rencontres avec des passionnés qui m’ont fait confiance et qui m'ont accompagnée dans ma progression : Natural Surf Lodge m’a énormément accompagnée, que ce soit sur le plan de la confiance qu’ils m’ont accordée ou sur les valeurs humaines qu’ils promeuvent. Je leur dois une grosse partie de ma progression. Federflex (aujourd’hui devenu l’Atelier du surf) me répare mes planches. Quant à Picture, ils me suivent depuis 4 ans maintenant, et je suis toujours aussi contente d’avoir pu intégrer ce team qui impulse des valeurs qui me sont chères, notamment la protection de l’environnement, à travers la recherche de nouvelles matières, moins polluantes, et avec des modes de production plus éthiques.



Tu as été élue championne de France Longboard Espoir en 2016 et en 2018 ; que peuvent laisser entrevoir ces très belles performances?


J’ai effectivement remporté deux titres de championne de France espoir ; le premier à Biarritz, à l’occasion de ma première participation et le second à Hossegor, après une troisième place en Open. Suite à mon année Erasmus, j’ai dû mettre la compétition entre parenthèses pour un an. Cette parenthèse a malheureusement été prolongée par la situation sanitaire que nous connaissons tous.. qui a engendré l’annulation des compétitions cette année.

Pour la suite, j’envisage de me lancer sur le circuit européen voire international de longboard, mais cela dépendra de l’évolution de la crise sanitaire. A l'heure actuelle, j’en profite pour me consacrer à mes études et surfer davantage (ce qui est plus facile avec le télétravail).



En parallèle, tu t’es également initié au sauvetage côtier ? Là encore une réussite pour toi avec quatre titres de championne de France et un de vice-championne d’Europe de beachflag. Peux-tu nous en dire davantage sur cette pratique?


Le but du sauvetage côtier est de former des sauveteurs en mer, MNS (Maitre Nageur Sauveteur). Intégrer les Guides de Bain Angloys et m’initier au sauvetage m’a permis d’appréhender l’océan différemment. Le sauvetage côtier est un sport très complet et sa pratique est complémentaire au surf. Il permet notamment de renforcer le physique et l’endurance, le tout dans une ambiance vraiment sympa et ludique. ©Eric Lipsky


Bien-sûr, il existe aussi des compétitions. Celles-ci se répartissent autour de deux saisons : la saison côtière en été (en mer) et la saison « eau plate » (piscine) en hiver. Pour ma part, je ne participe qu’aux compétitions côtières. Ces dernières comportent différentes épreuves : course/nage/course, paddle (rame), kayak, sprint sur sable, beach flag, et des relais. Personnellement, mon épreuve fétiche est le beach flag ; une épreuve de rapidité sur le sable, fonctionnant sur le même principe que les chaises musicales. Il s’agit d’une épreuve qui nécessite beaucoup de réactivité et je pense que la pratique du surf a été un réel atout. Outre ces performances, les compétitions de sauvetage sont de vrais moments conviviaux où, sans doute encore un peu préservé de l’engouement médiatique et des enjeux économiques, il règne encore un super état d’esprit (ce qui n’est pas le cas dans tous les sports).



T'est-il arrivé de faire de surprenantes rencontres avec des animaux marins en pleine session?


Oui ! Je me souviens particulièrement d’une matinée brumeuse en Galice. J’ai aperçu un aileron et le dos d’un dauphin vraiment imposant à quelques mètres de moi. Il était vraiment imposant. J’étais tiraillée entre l’envie de me rapprocher et de le suivre, et la peur. Il a vite disparu mais c’était une belle apparition.


Je me souviens également d’une panique générale suite à l’apparition d’un aileron dans l'eau, qui au final s’est avéré n'être qu’un poisson lune et non un requin comme le redoutaient les surfeurs présents (rires).



L’interview arrive à son terme ; que pouvons-nous te souhaiter pour le futur?


De pouvoir continuer à surfer ! Et au passage, petit clin d’œil à toutes femmes pour les encourager à s’éclater dans le sport comme ailleurs, il n’y a pas de sport féminin ou masculin, il n’y a que du sport, tant qu’il y a de l’engagement, du dépassement de soi et de l’amusement. Merci à Dame de Sport pour cette interview ! »



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